
Un litige judiciaire a été initié entre deux figures majeures de la justice congolaise.
Le 26 mai 2025, la République Démocratique du Congo a assisté à un événement sans précédent : Constant Mutamba, ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, a ouvertement confronté le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, en l’accusant d’avoir l’intention de le rabaisser pour des objectifs politiques.
Cette réaction énergique intervient après une requête formelle visant à abroger l’immunité parlementaire de Mutamba, soumise par Mvonde à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une affaire de présumé détournement de 19 millions USD, alloués à l’érection d’une prison à Kisangani. Les événements qui ont déclenché le scandale
Dans sa réquisition, Firmin Mvonde accuse Constant Mutamba d’avoir violé les règles de passation de marchés publics en attribuant un contrat de gré à gré à l’entreprise Zion Construction SARL, créée seulement un mois avant la signature du contrat.
L’argent, selon le parquet, aurait été transféré sur un compte sans garantie, sans suivi, et sans justification claire des dépenses. L’affaire prend une dimension politique car elle touche au cœur du ministère de la Justice.
Réaction de Mutamba : un contre-feu calculé
Face aux caméras, depuis le Palais de Justice de Kinshasa, Mutamba a répondu sans langue de bois :
« Qu’on dise à Mvonde qu’il fait partie des maffieux. Il pensait m’humilier, me faire fuir. Me voici, à Kinshasa, au cœur de la justice, je ne fuis pas la prison. »
Et d’ajouter :
« Celui qui fait lui-même l’objet d’enquêtes ne peut pas me juger. C’est une faute disciplinaire grave. J’attends qu’il justifie ses propres biens. »
Des mots durs, qui transforment une affaire judiciaire en affrontement institutionnel, voire personnel.
Le silence pesant de la présidence
Alors que les tensions montent, la présidence de la République n’a pas encore réagi publiquement. Mais dans les cercles proches du Palais, certains parlent d’un malaise croissant face à cette guerre ouverte entre deux piliers de l’appareil judiciaire.
Cette situation expose les limites de la cohésion gouvernementale dans un contexte où la lutte contre la corruption est censée être une priorité.
Analyse politique : justice ou règlement de comptes ?
✅ En faveur de Mutamba :
- Il est un jeune ministre réformateur, qui tente de moderniser un système judiciaire archaïque.
- Il subit une attaque coordonnée par des anciens réseaux kabilistes, dont Mvonde aurait été proche.
❌ En faveur de Mvonde :
- Il agit dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles.
- Il cherche à établir la responsabilité des ministres dans les affaires de mauvaise gestion.
Cette guerre d’ego devient surtout une guerre de récits. Et dans une République où la perception est souvent plus forte que la preuve, le peuple observe, entre doute et désillusion.
Quels enjeux derrière ce duel ?
- Affaiblissement de l’autorité du ministère de la Justice
- Instrumentalisation possible du parquet général
- Blocage du fonctionnement des institutions
- Message négatif envoyé à la communauté internationale qui attend des signaux clairs dans la lutte contre la corruption
Prochaines étapes
La commission spéciale de l’Assemblée nationale a été activée. Elle devra :
- Auditionner Firmin Mvonde sur les preuves détenues
- Permettre à Mutamba de présenter sa défense
- Décider si la levée de l’immunité est justifiée ou non
Le dossier sera ensuite soumis au vote en plénière, où l’équilibre des forces politiques jouera un rôle déterminant.
La République : entre réalité judiciaire et drame politique.
Le conflit entre Constant Mutamba et Firmin Mvonde ne se limite pas à un simple problème de justice. C’est un miroir des divisions internes du pouvoir, des défis de réforme et des résistances d’un système qui prétend être en mutation.
Congo Focus poursuivra son suivi de cette question, étant donné qu’elle concerne l’avenir de la gouvernance, de la crédibilité du système judiciaire et de la démocratie au Congo.






