
La République Démocratique du Congo (RDC) en 2025 se trouve engagée dans un nouvel élan géopolitique, caractérisé par une alliance stratégique avec la Russie. Cette alliance, qui a longtemps été discrète, se manifeste désormais sur divers aspects : collaboration militaire, diplomatie économique, échanges universitaires et appui multilatéral.
Tandis que le pays fait face à une instabilité constante dans l’Est et à un réaménagement de ses partenariats internationaux, le renforcement des liens entre la RDC et la Russie semble constituer une option sérieuse par rapport aux formes habituelles de collaboration occidentale.
Un cadre diplomatique renforcé
Le 27 mai 2025, le président Félix Tshisekedi a reçu en audience l’ambassadeur russe Karl Tikhaze à Kinshasa. Cette rencontre s’est tenue à la Cité de l’Union africaine, dans un climat empreint de cordialité et de confiance mutuelle. Objectif : consolider les relations bilatérales, définir des axes stratégiques communs et renforcer les engagements pris depuis 2024.
Déjà, en novembre 2024, les deux États avaient signé un accord de partenariat multisectoriel portant sur la défense, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures et l’éducation.
🎙️ Karl Tikhaze : « La Russie est prête à accompagner la RDC dans son développement souverain, sur la base du respect mutuel et de l’intérêt partagé. »
La coopération militaire : ambiguïtés et opportunités
En mars 2024, le ministère russe de la Défense annonçait un projet de coopération militaire avec la RDC. L’accord prévoyait :
- Des exercices conjoints
- La formation d’officiers congolais
- La fourniture d’équipements non létaux
- Des missions d’observation et de cybersécurité
Cependant, le gouvernement congolais a rapidement apporté un démenti, affirmant que ce projet datait de 1999 et n’avait pas été activé. Cette clarification souligne les sensibilités diplomatiques entourant toute coopération militaire avec des puissances non occidentales.
Malgré cela, des contacts opérationnels continuent entre les deux armées, notamment via l’Académie militaire russe et le partage de renseignements sur les groupes armés à l’Est.
Des intérêts économiques stratégiques
La Russie s’intéresse particulièrement à plusieurs secteurs clés en RDC :
- Mines (cobalt, cuivre, or)
- Énergie (hydroélectricité, nucléaire civil)
- Agriculture (grands projets agro-industriels)
- Infrastructure (routes, ponts, télécommunications)
Des sociétés russes comme Rosatom, Rusal et Rostec ont récemment manifesté leur intention d’investir dans des projets structurants.
La RDC y voit un levier de diversification de ses partenaires économiques, face à la domination chinoise et aux contraintes imposées par les bailleurs de fonds occidentaux.
Coopération éducative et culturelle
À l’occasion du 65e anniversaire des relations diplomatiques RDC-Russie, plusieurs projets culturels et académiques ont été relancés :
- Ouverture de programmes d’échange universitaire entre Kinshasa et Moscou
- Réhabilitation du Centre culturel Patrice Lumumba à Moscou
- Promotion de la langue russe dans certaines écoles congolaises
- Projets de bourses pour les étudiants en sciences, médecine, ingénierie
Ces initiatives participent à l’ancrage d’une diplomatie populaire durable, loin des simples accords politiques.
Enjeux géopolitiques : la RDC dans un monde multipolaire
Dans un monde marqué par le recul de l’unilatéralisme occidental et la montée des puissances alternatives (Chine, Russie, Inde, Brésil), la RDC cherche à redéfinir sa place sur l’échiquier international.
Les raisons de ce choix :
- Méfiance croissante vis-à-vis de l’Occident, jugé intrusif et sélectif
- Besoin d’autonomie stratégique face à la crise sécuritaire à l’Est
- Intérêt pour des partenaires sans conditionnalités politiques
- Recherche de nouveaux marchés et technologies
La Russie, elle, voit en la RDC un pivot africain : riche en ressources, stratégique sur le plan régional, et influente diplomatiquement au sein de l’Union africaine.
Les critiques et réserves
Malgré l’enthousiasme affiché, ce rapprochement suscite aussi des inquiétudes :
- Ong et observateurs occidentaux dénoncent une dérive vers des régimes autoritaires
- Certains craignent un risque de dépendance nouvelle, cette fois envers Moscou
- L’absence de transparence sur les accords signés suscite des questions sur leur légitimité
La diplomatie congolaise tente de rassurer en évoquant un “multilatéralisme pragmatique”, où chaque partenariat est évalué selon l’intérêt national.
Analyse : vers une doctrine congolaise de souveraineté proactive ?
Ce que révèle la coopération RDC-Russie, c’est une évolution profonde de la doctrine étrangère congolaise. Pour la première fois depuis des décennies, la RDC semble :
- Assumer une politique étrangère souveraine
- Diversifier ses alliances sans alignement systématique
- Jouer un rôle actif dans la recomposition géopolitique africaine
Cette démarche s’inscrit dans une logique de rééquilibrage mondial et pourrait, si bien maîtrisée, devenir un modèle pour d’autres pays africains.
Le partenariat entre la RDC et la Russie atteint actuellement un moment historique. Elle transcende les simples interactions bilatérales pour témoigner d’un objectif commun de construire un partenariat stratégique pérenne, en honorant les souverainetés respectives.
Cette alliance, qu’elle concerne la sécurité, l’économie, la culture ou l’influence mondiale, pourrait façonner le futur de la RDC — si elle reste transparente, équilibrée et axée sur les intérêts du peuple congolais.
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