
Depuis début juillet, l’Angola traverse une crise sociale profonde : une hausse brutale des prix des carburants a entraîné une cascade d’augmentations dans les transports, l’électricité et les frais scolaires, mettant à rude épreuve le quotidien des populations.
Crise du coût de la vie : carburant et transport au cœur des tensions
Le 4 juillet 2025, le gouvernement angolais a supprimé des subventions sur le carburant, augmentant le prix du diesel de 33 %, puis de 50 %(…) En réaction, chauffeurs de taxi, vendeurs et étudiants ont organisé une grève et des manifestations à Luanda. Le 19 juillet, des milliers de personnes ont défilé dans les rues, dénonçant l’augmentation des trajets quotidiens et l’érosion du pouvoir d’achat dans un pays pourtant producteur de pétrole.
La rue ne s’est pas contentée de protester : des slogans comme « MPLA drank all the oil » ou « We’re tired of eating from the trash » témoignent d’un profond ressentiment envers le parti au pouvoir. Certains manifestants appellent à un départ du régime, considérant que l’élite politique se gave pendant que le peuple souffre.
Répression et violences : la réponse de l’État suscite l’indignation
Face aux rassemblements, la police a répliqué avec une force jugée excessive, selon Human Rights Watch. Blessures graves, arrestations arbitraires et usage de gaz lacrymogènes ont été documentés lors des manifestations des 12 et 19 juillet. Ces violences ont renforcé la défiance des populations envers le pouvoir et amplifié l’indignation dans les réseaux sociaux et la diaspora.
Des réformes urgentes dans les tuyaux… mais insuffisantes
Le gouvernement a justifié les mesures par des engagements imposés par le FMI. Dans les faits, l’État angolais s’efforce de réduire le poids des subventions, qui absorbaient près de 40 % des dépenses sociales en 2022. Outre le transport, les frais universitaires ont également été relevés de plus de 20 %, provoquant un front de contestation étudiant et civil au-delà de la capitale.
Une réforme du secteur électrique devait ouvrir le marché à des opérateurs privés en ce début 2025, avec l’objectif de diversifier l’économie au-delà du pétrole. Toutefois, elle peine à répondre à l’urgence immédiate du terrain, confrontée à une inflation galopante et à une jeunesse désabusée.
Une jeunesse mobilisée, un régime sous tension
La contestation prend de l’ampleur au sein des étudiants : sous l’impulsion du Mouvement des étudiants angolais, des marches sont en préparation dans plusieurs provinces pour exiger le retrait des hausses sur les carburants, l’éducation et les services publics. Ce n’est plus seulement le coût de la vie qui est visé, mais l’avenir même de toute une génération.
Malgré un score moyen de 28/100 dans l’indice “Freedom in the World”, l’Angola reste sur un régime relativement stable, dirigé par le MPLA depuis 1975. Mais les fissures deviennent visibles : la contestation sociale réaffirme qu’un électorat de plus en plus critique peut peser sur la performance du pouvoir.
Vers le prochain tournant ?
Le contexte international ajoute à l’incertitude : le FMI doit prochainement négocier un nouveau prêt, conditionné à des réformes structurelles. Cette pression extérieure place le gouvernement devant un dilemme : continuer les mesures d’austérité ou céder face à la colère populaire.
Dans les rues de Luanda, on parle déjà d’un boycott national ou d’un « stay-at-home strike » comme forme de résistance pacifique. Le mouvement de jeunesse veut transformer la fronde en pression réelle sur les lieux de pouvoir.
L’Angola vit un tournant : face à une économie en panne de diversification et à une classe politique jugée déconnectée, la population se réveille, exigeant justice sociale et transparence. Le gouvernement Lourenço joue gros : sa capacité à contenir les manifestations sans céder et à engager des réformes profondes déterminera le sens de l’alternance.
La stabilité actuelle pourrait bien être la dernière illusion, à moins qu’un dialogue réel entre l’État et les citoyens ne vienne apaiser les tensions. L’Angola est à un point critique : la paix sociale repose aujourd’hui sur des choix politiques audacieux.





1 réflexion sur “Angola en ébullition : vie chère, contestation et réformes à l’épreuve”
Les commentaires sont fermés.