
En janvier 2019, Félix Tshisekedi devenait président de la République démocratique du Congo, succédant à Joseph Kabila après des élections historiques. Cinq ans plus tard, alors que le pays se prépare pour un nouveau cycle politique, le moment est venu pour les citoyens congolais de faire un bilan lucide de son mandat. Promesses tenues ou espoirs trahis ? Gouvernance nouvelle ou continuité d’un système ancien ? À travers une analyse détaillée, cet article propose de poser les vraies questions que tout Congolais devrait se poser avant les prochaines échéances électorale
1. Quelles promesses ont réellement été tenues depuis 2019 ?
Dès son investiture, Tshisekedi a annoncé une série de mesures phares : l’instauration de la gratuité de l’enseignement primaire, la lutte contre la corruption, la pacification de l’Est, et le développement des infrastructures.
- Gratuité de l’enseignement : L’une des réformes les plus visibles. Des millions d’enfants ont pu accéder à l’école sans frais. Toutefois, cette mesure a été critiquée pour son impréparation : manque d’enseignants, salaires impayés, surpeuplement des classes.
- Lutte contre la corruption : Des annonces fortes, des arrestations symboliques (Vital Kamerhe en 2020), mais peu de réformes structurelles durables. Les réseaux de prédation restent intacts.
- Infrastructures : Des projets comme le pont Kinshasa-Brazzaville, la réhabilitation des routes ou les centrales hydroélectriques ont été lancés, mais peu sont terminés.
- Énergie & télécommunications : Une amélioration modeste, mais les coupures de courant et l’instabilité du réseau Internet restent un quotidien pour les Congolais.
Verdict ?
Un démarrage ambitieux, mais freiné par le manque de planification, la mauvaise gouvernance et les tensions internes au sein de la coalition initiale FCC-CACH.
2. La situation sécuritaire s’est-elle améliorée ?
L’Est du pays reste ravagé par des conflits, malgré l’état de siège instauré en 2021.
- Retour du M23 : Les rebelles ont reconquis des territoires clés, notamment dans le Nord-Kivu, avec le soutien présumé du Rwanda.
- État de siège : L’état d’urgence militaire n’a pas stoppé les massacres à Beni, Bunia ou Ituri. Au contraire, il a parfois accentué les violations des droits humains.
- Soutien régional inefficace : Malgré l’intervention de la SADC, de la CIRGL et de l’EAC, la coordination reste faible.
Une question centrale :
Pourquoi l’armée congolaise, bien financée ces dernières années, peine-t-elle toujours à sécuriser durablement le territoire ?
3. Y a-t-il eu un vrai changement dans la gouvernance ?
- Transparence budgétaire : Les citoyens n’ont toujours pas accès à des données fiables sur les finances publiques.
- Contrats miniers : Peu de progrès dans la renégociation des contrats hérités du régime précédent.
- Justice sélective : Des opposants arrêtés, des procès médiatisés, mais peu de verdicts suivis d’actes durables.
Constats :
La rupture avec le régime Kabila est incomplète. De nombreux caciques de l’ancien système conservent une influence majeure dans les sphères du pouvoir.
4. Le peuple est-il réellement représenté ?
- Les jeunes : Marginalisés malgré leur majorité démographique.
- Les femmes : Sous-représentées au gouvernement et dans les postes stratégiques.
- Les régions : Inégalités criantes entre Kinshasa et les provinces rurales.
Les Congolais de la diaspora, pourtant très actifs économiquement, ont peu de place dans les décisions politiques majeures.
5. Tshisekedi a-t-il su rompre avec le système Kabila ?
Officiellement en rupture, le président a néanmoins gouverné en coalition avec le FCC jusqu’à fin 2020.
- Influence politique : Joseph Kabila, bien que retiré de la scène médiatique, conserve des relais puissants.
- Nouvelle classe politique ? Beaucoup des figures promues par Tshisekedi sont issues du même moule que celles de l’ancien régime.
6. L’économie s’est-elle améliorée ?
- Croissance : Portée par les exportations de cobalt et de cuivre.
- Inflation : Le coût de la vie reste élevé, l’accès aux biens de base difficile pour une majorité.
- Emplois : Le chômage des jeunes est en hausse. L’économie informelle domine toujours.
- Monnaie nationale : Le franc congolais a perdu de sa valeur face au dollar.
Conclusion économique :
Une croissance sans développement. L’enrichissement profite encore trop peu à la population.
7. Faut-il lui accorder un second mandat ?
Les élections à venir seront décisives. Doit-on miser sur la continuité ou opter pour l’alternance ?
- Arguments pour : Un mandat perturbé par le COVID, l’insécurité régionale et les tensions politiques. Il pourrait faire mieux avec une majorité stable.
- Arguments contre : Peu de réformes structurelles, promesses non tenues, gouvernance contestée.
Le choix appartiendra au peuple, mais il devra se faire sur des faits, et non sur la base de discours électoraux séduisants.
Le devoir de lucidité
Félix Tshisekedi incarne une nouvelle génération politique, mais la transformation profonde du Congo se fait attendre. Si des avancées existent, elles restent limitées par des blocages institutionnels, des conflits armés persistants et des pratiques de gouvernance peu transparentes. Le peuple congolais doit désormais juger son président à l’aune des résultats, et non seulement des intentions.
La grande question reste : le Congo a-t-il changé avec Félix Tshisekedi, ou a-t-il simplement changé de visage sans changer de système ?



