
Une vive polémique agite actuellement la sphère musicale africaine, opposant deux stars de premier plan : Asake, figure montante de l’afrobeat nigérian, et Fally Ipupa, icône de la rumba congolaise. Tout est parti d’une rumeur concernant une collaboration avortée entre les deux artistes, assortie d’une somme exorbitante réclamée pour le featuring. Sur les réseaux sociaux, les fans s’enflamment, les médias s’interrogent, et le débat dépasse rapidement les personnes en cause pour toucher aux cultures musicales nigériane et congolaise. D’où vient ce conflit ? Qu’a-t-il été dit exactement, et comment chacun y réagit ? Au-delà de la controverse, quel éclairage apporte-t-elle sur l’afrobeat, la rumba congolaise et la musique africaine en général ? Cet article fait le point sur l’affaire, ses protagonistes et ses enjeux.
Origine de la polémique : un featuring à 50 000 dollars ?
La polémique prend sa source dans une rumeur qui a commencé à circuler sur le web mi-mars 2025. D’après des informations non vérifiées, Asake aurait sollicité Fally Ipupa pour un duo sur son prochain album, mais la réponse de la star congolaise l’aurait sidéré
En effet, selon ces bruits de couloir, Fally Ipupa aurait exigé la somme de 50 000 dollars (environ 47 000 €) pour accepter la collaboration – un cachet jugé astronomique par Asake
« J’ai contacté Fally Ipupa pour une collaboration sur mon nouvel album, et il m’a demandé 50 000 dollars. Wow, j’étais choqué ! C’est la première fois que je sollicite un artiste francophone, et il me taxe aussi cher pour un featuring qui aurait pu lui ouvrir le marché anglophone », aurait déclaré Asake
La prétendue interview dans laquelle le chanteur nigérian aurait formulé ces griefs demeure introuvable, ce qui laisse planer le doute sur l’authenticité de l’histoire. Il pourrait donc s’agir d’une simple rumeur de « beef » entre artistes, née sur Internet et amplifiée par le public.
Déclarations et réactions en chaîne
Face à l’ampleur prise par l’affaire en l’absence de confirmation, chacun y est allé de son commentaire. Du côté des artistes eux-mêmes, aucune déclaration officielle n’a été faite dans l’immédiat. Fally Ipupa, en particulier, n’a pas directement réagi à ces allégations de collaboration monnayée. Toutefois, ses positions passées sont remontées à la surface. Le chanteur congolais a en effet affirmé à plusieurs reprises ne jamais demander d’argent pour un featuring, estimant que monnayer une collaboration va à l’encontre du respect de l’art
« Je n’ai jamais demandé d’argent pour une collaboration. Je trouve que c’est nul, surtout par respect pour l’art », déclarait-il déjà en 2021
Cette conviction de Fally Ipupa, bien connue de ses fans, jette un froid sur la véracité de la rumeur : il serait contradictoire qu’un artiste défendant la gratuité artistique réclame soudainement un cachet exorbitant à Asake.
Plusieurs observateurs et médias ont donc appelé à la prudence. Certains estiment que l’histoire semble inventée de toutes pièces, d’autant que seuls des comptes francophones en parlaient abondamment, ni Fally ni Asake n’ayant confirmé quoi que ce soit publiquement
En clair, la polémique aurait été enflée par des relais en ligne sans preuve tangible. Néanmoins, le mal était fait : avérée ou non, l’information a déclenché des réactions passionnées.
Fans en ébullition sur les réseaux sociaux
Sur Facebook, Twitter, Instagram et consorts, les communautés de fans des deux artistes se sont immédiatement emparées du sujet. Les admirateurs de Fally Ipupa – surnommés les « Warriors » – ont pour la plupart volé au secours de leur idole. Ils rappellent que Fally est une légende de la musique africaine, avec près de deux décennies de carrière, et estiment qu’Asake devrait s’estimer honoré de collaborer avec lui. « Asake n’arrive pas à la cheville de Fally en termes de carrière et de musique, il devrait payer le montant demandé s’il le faut », affirment certains, jugeant la somme justifiée par le statut du Congolais
Pour ces fans, l’artiste nigérian manque d’humilité en se plaignant d’un cachet, et la collaboration aurait surtout profité à Asake en bénéficiant de l’aura de Fally.
En face, d’autres internautes – fans d’Asake ou simples amateurs de musique – expriment leur incompréhension et parfois leur indignation. À leurs yeux, faire payer un duo entre deux stars africaines est aberrant, surtout quand il s’agit de rapprocher des cultures musicales différentes. Beaucoup soulignent qu’une telle collaboration aurait pu être bénéfique pour les deux artistes, en leur ouvrant mutuellement de nouveaux publics. Monnayer ce qui pourrait être un moment de partage artistique passe mal : « Depuis quand l’art se résume-t-il à une transaction commerciale ? », s’insurgent certains commentaires. Ils voient dans cette polémique un gâchis et déplorent qu’un possible hymne afro-continental ait été avorté pour des questions d’argent.
L’échange musclé entre fans nigérians et congolais traduit aussi une certaine rivalité de prestige. Chaque camp défend son champion et, en creux, le genre musical qu’il représente. Entre fierté nationale, loyauté à son idole et passion musicale, le débat a pris un tour très émotionnel sur la Toile.
Afrobeat vs rumba congolaise : deux styles, deux cultures
Au-delà des ego des artistes, la controverse a mis en lumière la rencontre (manquée) de deux genres musicaux phares du continent africain : l’afrobeat nigérian d’un côté, et la rumba congolaise de l’autre. Ces deux styles ont des histoires et des esthétiques bien distinctes.
Asake, de son vrai nom Ahmed Ololade, incarne la nouvelle vague de l’afrobeat (souvent appelé Afrobeats au pluriel pour désigner la pop urbaine nigériane actuelle). Révélé au grand public en 2022, il s’est rapidement imposé avec des tubes énergiques mêlant street-pop, rythmes d’Afro-fusion et même sonorités fuji empruntées à la musique traditionnelle yoruba
Sa signature musicale repose sur des productions uptempo – il n’hésite pas à intégrer des beats amapiano d’Afrique australe – et un chant alternant anglais, pidgin et yoruba (sa langue natale) pour un résultat résolument contemporain. En somme, Asake propose un cocktail explosif d’influences africaines et occidentales, reflétant le dynamisme de Lagos dont il est originaire. Il s’inscrit dans la lignée des stars nigérianes qui font danser la planète, aux côtés de Burna Boy, Davido ou Wizkid.
Fally Ipupa, lui, est un enfant de Kinshasa bercé par la rumba congolaise, ce genre musical né au milieu du XXᵉ siècle du croisement entre rythmes africains et mélodies cubaines. Souvent surnommé le « Prince de la Rumba », Fally est reconnu pour sa voix de ténor et sa capacité à marier la tradition et la modernité
Ancien protégé de Koffi Olomidé, il a débuté dans l’orchestre Quartier Latin avant de réussir une brillante carrière solo. Sa musique puise dans les genres congolais tels que le soukous et le ndombolo – ces styles dansants à base de guitares sébènes endiablées – tout en incorporant des touches de pop urbaine et de R&B dans ses albums les plus récents. Il a d’ailleurs créé le concept “Tokooos”, du nom d’un de ses albums, pour désigner sa fusion personnelle de rumba, de sonorités internationales et de lingala (langue congolaise) à destination du public mondial. Fally Ipupa incarne ainsi la volonté de la rumba de se réinventer et de rester pertinente à l’ère moderne.
La confrontation indirecte entre Asake et Fally, c’est donc aussi celle de deux univers musicaux. D’un côté, l’afrobeat nigérian en pleine domination globale ; de l’autre, la rumba congolaise, patrimoine culturel ancien mais toujours vivant. Historiquement, la rumba a longtemps régné sur la musique africaine – elle fut pendant des décennies la bande-son de tout le continent – mais aujourd’hui les sons made in Lagos ont pris le relais dans le cœur des jeunes de Dakar à Nairobi
Voir ces deux artistes envisager une collaboration avait de quoi faire saliver les mélomanes : cela aurait symbolisé le pont entre Afrique anglophone et francophone, entre passé et présent, entre deux capitales musicales.
Quel impact sur les carrières des deux artistes ?
Si la polémique fait rage en ligne, son impact réel sur la carrière des protagonistes reste à mesurer. Pour Asake, jeune étoile montante de 28 ans, cette affaire le propulse sur le devant de la scène médiatique francophone plus qu’il ne l’aurait imaginé. Jusqu’ici, sa popularité s’était surtout construite au Nigeria et sur la scène afrobeats internationale. Le voilà désormais connu d’un nouveau public qui n’avait peut-être jamais entendu parler de lui avant ce buzz. En ce sens, même si la controverse est négative, Asake gagne en visibilité auprès des fans de musiques d’Afrique centrale et de l’Ouest francophone. Reste à savoir si cela se traduira par une curiosité accrue pour sa musique (streams, vues, etc.) ou simplement par une notoriété éphémère liée au scandale. Quoi qu’il en soit, Asake apparaît dans cette histoire comme un artiste ambitieux, désireux de collaborer au-delà des frontières linguistiques – une image qui pourrait lui être favorable s’il concrétise à l’avenir des feats avec d’autres stars africaines.
Pour Fally Ipupa, artiste confirmé de 45 ans au palmarès impressionnant, la controverse pourrait sembler n’être qu’une tempête dans un verre d’eau. Sa base de fans solide (les Warriors) demeure loyale et a massivement pris sa défense. Aux yeux de son public, Fally reste le « patron » incontesté de la rumba, et cette histoire de 50 000 $ est soit une invention malveillante, soit au pire une anecdote qui n’entache en rien son statut. Néanmoins, sur le plan de son image internationale, le récit – s’il était cru – pourrait donner l’impression d’un artiste mettant l’aspect financier en avant. Cela contraste avec l’attitude collaborative de bon nombre de stars afrobeat, qui multiplient les featurings sans que l’aspect tarifaire ne soit exposé publiquement. Fally Ipupa, qui aspire depuis des années à élargir son public hors d’Afrique (il a déjà collaboré avec des artistes occidentaux et visé le marché anglophone), n’a sans doute pas intérêt à passer pour quelqu’un de trop mercantile. Il n’est pas impossible que, si la rumeur persistait, son entourage communique pour la démentir formellement afin de préserver son image d’artiste accessible et passionné.
En définitive, l’impact sur les carrières devrait rester limité, surtout si la polémique retombe avec le temps (ce qui est souvent le cas des buzz sur Internet). Aucune chanson n’a été annulée publiquement, aucun contrat rompu – puisqu’aucun accord n’avait officiellement été conclu. Les deux chanteurs continuent leurs trajectoires : Asake enchaîne les hits de l’afrobeat et Fally poursuit ses tournées triomphales. Une collaboration manquée n’est pas rare dans l’industrie musicale, et celle-ci fera peut-être figure d’anecdote à l’avenir, sauf si elle débouche finalement sur quelque chose de constructif.
Un reflet de l’état de la musique africaine : entre unité et rivalité
Au-delà des ego et des fanbases, cet épisode est révélateur de certaines tendances de la musique africaine actuelle. D’une part, il souligne la domination de l’afrobeat nigérian sur la scène continentale et mondiale. Des artistes comme Asake, Burna Boy ou Rema caracolent en tête des classements, accumulent des milliards de streams et remplissent des salles aux quatre coins du globe. L’afrobeat (ou Afrobeats) est devenu un produit d’export phare de l’Afrique, au point que les Grammy Awards ont récemment inauguré une catégorie consacrée aux performances musicales africaines. En 2024, Asake lui-même a été nommé aux Grammy Awards dans cette catégorie, aux côtés d’autres poids lourds nigérians, preuve de l’attention internationale portée à ce mouvement
L’industrie musicale nigériane a mis en place un écosystème efficace, qui promeut ses talents à l’étranger et génère d’importants revenus. Dans ce contexte, de jeunes stars comme Asake peuvent légitimement se sentir en position de force lorsqu’elles approchent des artistes d’autres pays : leur audience est massive et leur influence, globale.
D’autre part, la rumba congolaise représente l’héritage historique de la musique africaine moderne. Genre adulé à travers le continent durant la seconde moitié du XXᵉ siècle, elle a été récemment honorée par l’UNESCO qui l’a inscrite en 2021 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité
Cette reconnaissance consacre la rumba comme trésor culturel, reflet d’un métissage unique entre les rythmes africains et la rumba cubaine importée par les anciens esclaves
Des générations entières vibrent encore au son des guitares et des chants en lingala. Des artistes comme Fally Ipupa, Koffi Olomidé ou Papa Wemba (disparu en 2016) ont porté cette musique à des sommets, remplissant des stades en Afrique et des Zénith en Europe. Toutefois, face à la vague afrobeat, la rumba a perdu du terrain auprès de la jeunesse urbaine, en particulier dans les pays anglophones et lusophones d’Afrique où l’influence congolaise est moins prégnante qu’autrefois.
La polémique Asake–Fally met ainsi en exergue un certain choc des générations et des cultures au sein de la musique africaine. Elle pose la question de la coopération entre artistes de différentes sphères linguistiques et musicales. Doit-on opposer afrobeat et rumba, Nigeria et RDC, ou au contraire favoriser les échanges ? Beaucoup de fans regrettent que cette collaboration n’ait pas vu le jour, car elle aurait pu symboliser une unité panafricaine dans la musique. D’autres y voient au contraire le signe que chaque scène musicale défend ardemment son pré carré.
Heureusement, la réalité n’est pas un duel à somme nulle. Afrobeat et rumba congolaise coexistent et prospèrent chacune à leur manière. Il n’est pas rare de voir des artistes d’afrobeat reprendre des éléments de rumba (guitares, pas de danse) ou des Congolais s’essayer à des remix afro-pop. La musique africaine est en perpétuelle hybridation, et c’est souvent de la rencontre des styles que naissent les plus grands tubes. Si la leçon de cette polémique est retenue, ce sera peut-être que les fans ont soif de collaborations transfrontalières, et que les artistes auraient tout à gagner à unir leurs talents plutôt qu’à alimenter des rivalités inutiles.
La controverse entre Asake et Fally Ipupa, qu’elle soit fondée ou non, aura brièvement embrasé les réseaux sociaux et les conversations des mélomanes. Elle aura mis en lumière la passion que suscitent ces deux artistes et, par ricochet, la fierté attachée à leurs genres musicaux respectifs. Si l’on en retient le côté négatif, on y verra un clash révélateur de certaines divisions persistantes – entre anglophones et francophones, entre nouvelle génération et anciens, entre visions artistique et commerciale. Mais on peut aussi en tirer un enseignement positif : l’engouement autour de cette affaire prouve que le public rêve de voir se rapprocher les différentes étoiles de la musique africaine.
En définitive, que reste-t-il de cette polémique ? Probablement une piqûre de rappel quant à l’importance de la communication et de la vérification des sources à l’ère des réseaux sociaux, où une simple rumeur peut enfler démesurément. Ni Asake ni Fally Ipupa n’auront vu leur talent diminué par cet épisode, et leurs carrières respectives continueront sans doute de plus belle. Il est même permis d’espérer qu’un jour, malgré ce faux départ, ils finissent par se retrouver en studio pour offrir au public cette collaboration inédite tant fantasmée. Ce jour-là, l’afrobeat et la rumba uniront leurs rythmes, et toute l’Afrique pourra célébrer une victoire de la musique sur les polémiques. En attendant, le débat aura au moins eu le mérite de rappeler que la musique africaine, dans toute sa diversité, suscite un attachement profond et reste un vecteur d’unité bien plus puissant que les divisions passagères.
Sources : Afrique Sur 7
afrique-sur7.fr; Nasuba Infos
nasuba.info; Wikipedia (Asake)
fr.wikipedia.org; Wikipedia (Fally Ipupa)
en.wikipedia.org; Réactions sur X (Twitter)
x.com; Extraits réseaux sociaux
instagram.com; Reuters
reuters.com; The Africa Report






