
Une importante mobilisation militaire à l’est de la RDC
Depuis février 2025, on observe une intensification de la présence militaire ougandaise dans la ville de Bunia, qui est le chef-lieu de la province de l’Ituri. Cette mise en œuvre s’inscrit dans la continuité de l’opération commune « Shujaa », lancée fin 2021 par la RDC et l’Ouganda pour rechercher les ADF (Forces démocratiques alliées), rattachées à l’État islamique.
L’objectif affiché est clair : soutenir les FARDC dans leur lutte contre la prolifération de groupes armés qui sèment la terreur à travers l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Opération Shujaa : une collaboration militaire stratégique
Lancée officiellement en novembre 2021, l’opération Shujaa s’est progressivement étendue au fil des mois. En 2025, face à la résurgence des attaques de l’ADF et à l’instabilité chronique dans la région, l’UPDF a renforcé ses positions, en particulier à Bunia, ville stratégique proche de plusieurs zones de conflit.
Des réunions bilatérales de haut niveau ont eu lieu à Bunia entre les commandants des UPDF et des FARDC. Elles ont permis de :
- Coordonner les offensives terrestres et aériennes.
- Mettre en place un partage de renseignements militaires.
- Définir des corridors humanitaires pour la protection des civils.
L’ombre persistante des groupes armés
La province de l’Ituri est ravagée depuis des années par la violence, notamment :
- Les ADF, auteurs de massacres, d’attentats et d’enlèvements.
- Les milices CODECO et FPIC, souvent responsables d’attaques communautaires.
- Les tensions ethniques entre Lendu et Hema, qui alimentent des cycles de représailles.
Dans ce contexte, l’arrivée de l’armée ougandaise est perçue par une partie de la population comme une bouée de sauvetage, mais par d’autres comme une intrusion étrangère potentiellement menaçante.
Une intervention qui divise l’opinion publique
Les récents propos du chef de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba, ont provoqué une vive polémique. Il a menacé publiquement de “prendre le contrôle de Bunia” si les attaques contre la communauté Bahima ne cessaient pas. Cette déclaration a été fermement condamnée par les autorités congolaises, évoquant une violation de la souveraineté nationale.
Le général Christian Tshiwewe, chef d’état-major des FARDC, a réagi avec force, appelant à “une coopération dans le respect mutuel” et à la “neutralité politique de l’action militaire”.
Une mission sous surveillance diplomatique
Les inquiétudes autour de l’ingérence étrangère en RDC ne sont pas nouvelles. Dans le passé, les relations RDC-Ouganda ont été marquées par des tensions frontalières, des accusations de pillage des ressources et une guerre régionale par procuration.
Les Nations Unies, la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs) et la SADC (Communauté de Développement d’Afrique Australe) surveillent de près cette intervention militaire, espérant qu’elle reste strictement encadrée et orientée vers la stabilisation.
La voix des civils : entre espoir et peur
Les témoignages de la population locale sont contrastés :
“Nous avons vu les soldats ougandais arriver avec discipline. S’ils peuvent protéger nos familles des rebelles, alors qu’ils restent.” — Habitante de Bunia
“Nous craignons une occupation déguisée. Les ressources minières de l’Ituri attirent des convoitises.” — Jeune activiste local
Ces paroles illustrent la complexité de la situation : les civils aspirent à la sécurité, mais pas au prix d’une nouvelle domination étrangère.
Quels résultats concrets jusqu’à présent ?
Selon un rapport conjoint UPDF-FARDC d’avril 2025 :
- 19 bases ADF ont été neutralisées
- Plus de 100 otages ont été libérés
- Des armes lourdes et munitions saisies
- Plus de 300 rebelles présumés arrêtés ou tués
Ces résultats sont significatifs mais encore insuffisants pour restaurer une paix durable. Le redéploiement humanitaire reste difficile, les routes étant sous menace constante.
Coopération militaire, souveraineté et paix durable
L’implication de l’Ouganda aux côtés des FARDC dans l’est de la RDC met en lumière une double réalité : le besoin de sécurité et le souci de souveraineté.
Bien que les buts de l’opération Shujaa soient honorables – mettre hors d’état de nuire les groupes armés et protéger les populations – il est crucial de respecter la souveraineté congolaise, d’assurer la transparence des interventions militaires et de consulter les communautés locales afin d’éviter une autre crise diplomatique ou humanitaire.
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