
De l’expulsion des ambassadeurs à l’arrivée de Wagner, le Mali redessine ses alliances tandis que la France perd du terrain en Afrique de l’Ouest
Depuis plus de trois ans, la relation entre la France et le Mali s’est profondément détériorée, jusqu’à atteindre un point de rupture historique. Ce qui n’était au départ qu’une série de tensions autour de la coopération militaire s’est transformé en véritable crise diplomatique, politique et économique. Aujourd’hui, Bamako et Paris ne se parlent presque plus, les ambassades sont fermées, les projets de développement gelés et l’armée française a quitté le territoire malien. Dans ce vide laissé par Paris, d’autres acteurs, notamment la Russie avec le groupe Wagner, mais aussi la Chine, s’installent progressivement. Cette situation marque un tournant majeur dans la géopolitique ouest-africaine et interroge sur l’avenir des relations entre l’Afrique et ses anciens partenaires occidentaux.
Un divorce diplomatique consommé
La crise entre Paris et Bamako s’est cristallisée après les deux coups d’État militaires qui ont porté le colonel Assimi Goïta au pouvoir entre 2020 et 2021. La France, qui se voulait garante d’une transition démocratique rapide, a rapidement critiqué la junte pour ses retards dans l’organisation des élections et pour ses méthodes autoritaires. Bamako, de son côté, a accusé Paris d’ingérence et d’arrogance. Cette tension s’est traduite par des échanges de plus en plus virulents, des accusations réciproques de manipulation et un climat de défiance généralisée.
L’expulsion de l’ambassadeur de France en janvier 2022 a marqué un tournant décisif. Jamais, depuis les indépendances, une telle décision n’avait été prise. La France a répliqué en rappelant ses diplomates et en réduisant drastiquement sa présence officielle. Depuis, les rares contacts se limitent à des canaux informels ou multilatéraux, mais le dialogue bilatéral est rompu. Cette rupture illustre la volonté des autorités maliennes de couper le cordon avec l’ancien colonisateur, tout en affichant une souveraineté retrouvée aux yeux de leur opinion publique.
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🎬 Acheter maintenant sur AmazonLe volet militaire : la fin de Barkhane et l’arrivée de Wagner
L’aspect militaire a été le détonateur de la crise. Depuis 2013, l’armée française était intervenue au Mali, d’abord avec l’opération Serval, puis avec Barkhane, pour contrer la menace djihadiste. Pendant plusieurs années, cette coopération a été saluée, mais elle a aussi suscité des critiques grandissantes au sein de la société malienne. Beaucoup accusaient la France d’être incapable d’apporter la paix, malgré une présence massive et coûteuse.
En 2021, le gouvernement malien a pris une décision symbolique : mettre fin à la coopération militaire avec la France. L’armée française a alors annoncé un retrait progressif, achevé en 2022, redéployant ses forces au Niger. Mais cette stratégie s’est révélée de courte durée, puisque Niamey a fini par expulser à son tour les soldats français en 2023, amplifiant la crise de légitimité de Paris dans toute la région.
Ce retrait a laissé un vide que le groupe Wagner s’est empressé de combler. Les mercenaires russes, déployés officiellement comme « instructeurs », sont devenus des acteurs centraux dans la lutte contre les groupes armés. Leur présence, bien que controversée, a été saluée par une partie de la population malienne comme une alternative crédible à l’ancienne tutelle française. Les accusations d’exactions commises par Wagner n’ont pas altéré cette perception, tant le rejet de la France reste fort.
Les répercussions économiques : le gel des aides et la fin des projets bilatéraux
La crise ne s’est pas limitée au champ diplomatique et militaire. Elle a eu de lourdes conséquences économiques. La France, premier bailleur bilatéral du Mali, a suspendu une grande partie de son aide publique au développement. Des projets d’infrastructures, d’éducation et de santé ont été gelés ou stoppés net. Les entreprises françaises implantées à Bamako ont vu leur marge de manœuvre se réduire, certaines choisissant même de quitter le pays faute de garanties.
Pour le Mali, cette rupture a été un choc, mais les autorités de transition l’ont transformée en opportunité. Bamako s’est tourné vers d’autres partenaires comme la Russie, la Chine, la Turquie ou encore certains pays du Golfe. Ces nouveaux acteurs proposent des financements, souvent sans condition politique, en échange d’un accès aux ressources ou de contrats avantageux. Si cette réorientation a permis de compenser en partie la perte de l’aide française, elle a aussi accentué la dépendance du Mali à de nouvelles puissances, avec tous les risques que cela comporte.
L’impact géopolitique : recul de la France, montée de la Russie et rôle de l’Afrique
Au-delà du Mali, cette crise traduit un bouleversement profond dans l’équilibre des relations internationales en Afrique de l’Ouest. La France, autrefois considérée comme un acteur incontournable, voit son influence reculer face à de nouveaux concurrents. Le départ de ses troupes du Mali, puis du Niger, symbolise une perte d’ancrage militaire et diplomatique majeure.
La Russie, à travers Wagner, a su capitaliser sur ce vide. Moscou se présente comme un partenaire pragmatique, respectueux de la souveraineté, même si sa stratégie repose souvent sur des accords opaques. La Chine, de son côté, poursuit son avancée économique, en investissant massivement dans les infrastructures et en proposant une alternative financière au modèle occidental. Cette recomposition ouvre un champ nouveau pour les pays africains, qui peuvent diversifier leurs partenariats et jouer sur la concurrence entre puissances.
Des pays comme la RDC observent avec attention cette évolution. Fort de ses ressources naturelles et de son poids stratégique, Kinshasa pourrait être tenté de renforcer ses liens avec des partenaires non-occidentaux, suivant ainsi la dynamique enclenchée par Bamako. Mais cette diversification comporte aussi des risques : perte de repères institutionnels, dépendance à de nouveaux acteurs extérieurs, et multiplication des influences contradictoires.
La crise entre Paris et Bamako dépasse largement le cadre bilatéral. Elle est le symptôme d’un changement d’époque dans les relations entre l’Afrique et la France. Le Mali, en rompant avec son ancien partenaire historique, a ouvert la voie à une recomposition géopolitique où la Russie et la Chine s’imposent comme des alternatives. Cette évolution redessine le paysage sécuritaire, économique et diplomatique de l’Afrique de l’Ouest, et pourrait inspirer d’autres pays du continent. Pour la France, le défi est immense : réinventer une relation basée sur l’égalité et la confiance, ou accepter un recul durable de son influence.



