
En République Démocratique du Congo, les actes symboliques des personnalités politiques sont souvent interprétés à travers le prisme de la misère sociale, des inégalités criantes, et d’une gouvernance jugée opaque. C’est dans ce contexte que s’inscrit la récente polémique autour de la ministre de la Jeunesse, Grâce Kutino, après la diffusion d’une photo devenue virale sur les réseaux sociaux.
Dimanche dernier, la ministre fraîchement nommée a offert à sa mère biologique un cadeau pour le moins inattendu : une Jeep Toyota estimée à plus de 50 000 dollars américains. Le geste, relayé notamment par le compte X (anciennement Twitter) @MarleyVuvu, a déclenché une série d’interrogations dans l’opinion publique, entre admiration, scepticisme et colère.
« Dans la vision du chef de l’État, qui prône la famille d’abord, la ministre de la jeunesse, dite vierge, Grâce Kutino, a offert ce dimanche une jeep TOYOTA d’une valeur de plus de 50 000 dollars à sa mère biologique. »
Alors que la ministre n’a que quelques semaines d’exercice au gouvernement, plusieurs voix s’élèvent pour se demander d’où provient une telle somme, dans un pays où la majorité des jeunes précisément ceux relevant de son portefeuille ministériel vivent dans la précarité la plus totale.

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Entre culture de gratitude et soupçon d’enrichissement prématuré
Dans la tradition congolaise, il n’est pas rare qu’un fils ou une fille ayant accédé à une certaine position honore ses parents par des cadeaux matériels. Offrir une voiture, une maison ou même des voyages est parfois perçu comme un acte d’amour et de reconnaissance. Certains défenseurs de la ministre évoquent cette lecture culturelle pour relativiser la controverse.
Mais la nature du poste qu’occupe Grâce Kutino, ajoutée à l’ampleur du cadeau et à sa récence dans la fonction, alimente les doutes. Même si cette voiture avait été financée par des moyens propres revenus antérieurs, épargne personnelle, dons de proches, l’absence de transparence dans la communication autour de cet acte a laissé libre cours aux soupçons : favoritisme, corruption, clientélisme ?
Dans un pays où les salaires ministériels sont théoriquement connus, il paraît peu probable qu’un tel achat soit compatible avec les revenus immédiats d’un nouveau membre du gouvernement. Et pourtant, aucune loi ne contraint encore les ministres à publier leur patrimoine au moment de leur entrée en fonction.
Un climat social tendu, un message mal perçu
L’image d’une ministre remettant une Jeep flambant neuve à sa mère a provoqué un choc dans une partie de l’opinion. Elle entre en collision directe avec la réalité de nombreux jeunes congolais : chômage massif, éducation coûteuse, santé inaccessible, logements insalubres. Pour eux, ce geste est perçu comme une provocation silencieuse : comment parler d’autonomisation de la jeunesse, quand ses représentants semblent d’abord s’autonomiser eux-mêmes ?
Le timing joue également contre Grâce Kutino. Alors que la population attend des signes concrets de rupture avec les pratiques du passé, de transparence et d’exemplarité, ce geste est vu comme une reproduction des privilèges de l’élite, dans un climat général de méfiance.
L’urgence d’une réforme sur la déclaration de patrimoine
Cette affaire relance un débat ancien, souvent esquivé par les dirigeants : celui de l’obligation de déclaration publique de patrimoine. Plusieurs pays africains ont déjà adopté des dispositifs juridiques obligeant les hauts fonctionnaires et ministres à déclarer, et parfois publier, l’ensemble de leurs avoirs avant et après l’exercice de leur mandat. Une telle mesure, en RDC, permettrait de rassurer les citoyens et de prévenir les polémiques inutiles.
Le Président Tshisekedi, qui a plusieurs fois réaffirmé son attachement à la lutte contre la corruption et à l’assainissement des mœurs politiques, pourrait saisir cette occasion pour transformer cette crise d’image en levier de réforme.
Une jeunesse qui attend des actes forts
Si Grâce Kutino souhaite conserver sa crédibilité, notamment auprès de la jeunesse, elle devra aller au-delà des symboles familiaux. Les jeunes congolais attendent des mesures claires, des programmes inclusifs, des politiques actives d’emploi, de formation, d’entrepreneuriat et de représentation équitable. Chaque action posée par un ministre doit incarner les valeurs de responsabilité, d’intégrité, de service public.
En l’absence d’une communication officielle, transparente et pédagogique, l’image de cette Jeep offerte pourrait durablement entacher le début de mandat de la ministre. Une erreur de communication ? Une insouciance politique ? Ou une absence totale de stratégie publique ? Quoi qu’il en soit, cette affaire démontre que la jeunesse congolaise n’est plus passive, et qu’elle regarde, commente, partage, juge.
C’est aussi ça, la démocratie.



