
L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a donné le coup d’envoi à une série de consultations citoyennes à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, ce mercredi 28 mai 2025. Cette démarche, présentée comme un geste d’écoute et de réconciliation nationale, se déploie dans une atmosphère chargée de tensions, caractérisée par l’aggravation du conflit à l’Est du pays et l’augmentation des reproches politiques.
Cependant, derrière cette approche de proximité avec les citoyens, se dissimule une multitude de défis politiques, sécuritaires et symboliques. Kabila aspire-t-il à revenir sous les projecteurs ? Agit-il véritablement dans le meilleur intérêt de la nation ?
Une RDC en proie à la division
Depuis plusieurs mois, la RDC fait face à une crise sécuritaire persistante, notamment à l’Est où le mouvement rebelle M23 continue d’occuper plusieurs localités. Goma, ville stratégique et épicentre économique du Nord-Kivu, vit sous pression.
La situation est d’autant plus critique que les relations diplomatiques entre Kinshasa et Kigali sont glaciales. Le Rwanda est accusé de soutenir la rébellion, ce que Kigali dément fermement. Face à l’incapacité des forces armées à sécuriser la région, la population s’enlise dans la peur, la pauvreté et l’instabilité.
Dans ce climat, Joseph Kabila, longtemps silencieux après sa présidence (2001-2019), réapparaît en terrain conquis, dans une zone historiquement favorable à son camp politique.
Objectifs des consultations citoyennes
L’ancien président affirme que l’objectif de ces consultations est de :
- Recueillir les doléances de la population locale
- Identifier des solutions endogènes aux crises actuelles
- Renouer le dialogue entre les institutions, les leaders d’opinion et les citoyens
- Promouvoir un pacte national pour la paix
Les consultations couvrent tous les secteurs : acteurs politiques locaux, chefs coutumiers, jeunes, femmes, opérateurs économiques, membres de la société civile, etc.
📣 « Il faut écouter avant de prétendre savoir quoi faire », a déclaré Kabila lors d’une session à Goma, évoquant son désir de « reconnecter les élites au peuple ».
Analyse politique : retour stratégique ou devoir d’État ?
Bien que présentées comme apolitiques, les consultations de Kabila à Goma sont interprétées par beaucoup comme une opération de repositionnement politique.
Les indices de ce retour stratégique :
- Timing parfait : la démarche intervient quelques jours après la levée de son immunité parlementaire par le Sénat.
- Choix du lieu : Goma est un bastion de l’opposition au régime actuel, en partie occupée par le M23.
- Discours critique : Joseph Kabila accuse le gouvernement d’abandonner les populations de l’Est, dénonçant une « gouvernance punitive ».
🎙️ Citation marquante :
“L’État ne peut pas punir sa population en bloquant les routes, en fermant les banques ou en suspendant les salaires. C’est criminel.” — Joseph Kabila
Réactions politiques : entre soutien populaire et tempête à Kinshasa
Du côté du gouvernement :
- Plusieurs figures du régime de Félix Tshisekedi, comme Julien Paluku et Patrick Muyaya, ont condamné l’initiative, l’associant à une tentative de manipulation politique.
- Ils dénoncent une « instrumentalisation des souffrances » et soupçonnent Kabila de connivence avec le M23.
Du côté de la population de Goma :
- L’accueil est globalement positif. Beaucoup espèrent qu’une figure comme Kabila pourra faire entendre leur voix.
- Certains restent sceptiques : « Pourquoi maintenant ? Où était-il ces dernières années ? »
Du côté de l’opposition :
- Des leaders comme Moïse Katumbi et Martin Fayulu restent prudents.
- Ils reconnaissent la nécessité d’écouter les populations locales mais doutent de la sincérité de l’initiative.
Enjeux sécuritaires et diplomatiques
Kabila arrive à Goma alors que les tensions avec le Rwanda sont à leur comble. Le fait qu’il ait pu se déplacer dans une zone sous menace rebelle, sans escorte officielle, soulève des interrogations :
- A-t-il négocié un passage sécurisé avec le M23 ?
- Quel signal envoie-t-il à la communauté internationale ?
Certains analystes y voient une tentative de s’imposer comme médiateur, d’autres redoutent un pacte tacite avec les forces rebelles.
Résonance internationale
La communauté internationale observe avec attention. Washington, l’Union africaine et l’Union européenne soutiennent actuellement des initiatives diplomatiques pour ramener la paix à l’Est.
La démarche unilatérale de Kabila pourrait soit :
- Renforcer la dynamique de paix, en ajoutant une voix puissante dans les négociations,
- Ou perturber les efforts en cours, en créant un canal parallèle non reconnu.
Une population à bout, mais prête à écouter
À Goma, la détresse est palpable. Entre pénurie alimentaire, inflation, insécurité et déplacements forcés, les citoyens attendent des actes concrets. Beaucoup voient en Kabila une figure expérimentée. D’autres dénoncent une tentative de se refaire une image.
👥 Témoignage :
« Si Kabila peut nous aider à retrouver la paix, pourquoi pas. Mais on veut des résultats, pas des discours. »
Chance historique ou manœuvre politique ?
L’arrivée de Joseph Kabila à Goma, sous la houlette des consultations citoyennes, revêt une grande importance symbolique. Il symbolise :
- Un rétablissement du lien avec une population marginalisée
Un défi au système en place actuellement.
Un processus de réhabilitation politique.
La responsabilité repose maintenant entre les mains de Kabila : s’il parvient à convertir ces discussions en actions tangibles pour la paix, il pourrait restaurer sa crédibilité. Autrement, son initiative risque d’être considérée comme une énième manœuvre politicienne.




1 réflexion sur “Joseph Kabila lance des consultations citoyennes à Goma : Retour politique ou initiative patriotique ?”
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