
Depuis le début du mois de juillet 2025, la République démocratique du Congo est secouée par une affaire politique aux ramifications profondes : la disparition du gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula Katwe, après une convocation du ministère de l’Intérieur. Officiellement, Kyabula aurait invoqué des raisons de santé pour ne pas se rendre à Kinshasa. Mais depuis cette déclaration, il est injoignable, et son absence prolongée a conduit le gouvernement à nommer son vice-gouverneur à l’intérim. Ce geste, présenté comme une mesure administrative, est perçu par de nombreux observateurs comme une manœuvre politique qui cristallise les tensions entre expression provinciale et centralisation du pouvoir.
Un discours qui dérange
Tout commence le 1er juillet, lors d’un meeting à Lubumbashi. Jacques Kyabula y tient un discours virulent contre le Rwanda, qu’il accuse d’être responsable de la guerre dans l’Est du pays. Il évoque également Joseph Kabila et Corneille Nangaa, les qualifiant de “Congolais” et appelant à régler leurs différends “en famille”. Ces propos, dans un contexte où Nangaa est condamné à mort pour ses liens avec la rébellion du M23 et où Kabila est accusé de collusion, sont interprétés comme une prise de position ambiguë, voire une tentative de réhabilitation politique.
La réaction du pouvoir central ne tarde pas : Kyabula est convoqué à Kinshasa pour consultation. Mais au lieu de se présenter, il invoque une maladie et disparaît des radars. Cette absence devient rapidement un sujet national, alimentant rumeurs et spéculations.
Une éviction contestée
Le ministère de l’Intérieur décide alors de confier l’intérim du Haut-Katanga au vice-gouverneur Martin Kazembe, invoquant une “indisponibilité” du gouverneur. Or, selon la loi congolaise, un gouverneur ne peut être remplacé que dans des cas bien précis : maladie grave, démission, décès ou suspension légale. Une convocation ignorée ne constitue pas un motif valable. En contournant l’Assemblée provinciale, seule habilitée à voter une motion de censure ou de défiance, le gouvernement est accusé de fouler aux pieds les principes de la décentralisation.
Cette décision est dénoncée comme une fiction juridique destinée à justifier un passage en force. Pour certains juristes et personnalités politiques, il s’agit d’un précédent dangereux qui menace l’équilibre institutionnel du pays.
Décentralisation en péril ?
La RDC a adopté un modèle de décentralisation censé garantir une certaine autonomie aux provinces. Les gouverneurs, élus ou nommés, sont censés représenter les intérêts locaux et dialoguer avec le pouvoir central. Mais dans les faits, cette autonomie est souvent fragile, soumise aux rapports de force politiques.
L’affaire Kyabula illustre cette tension : un gouverneur populaire, apprécié pour son dynamisme, est écarté sans procédure légale transparente. Son discours, bien que controversé, relève de son droit à l’expression politique. Le fait qu’il soit remplacé par simple note administrative soulève une question fondamentale : la décentralisation est-elle réelle ou simplement théorique en RDC ?
Une affaire symptomatique
Au-delà du cas Kyabula, cette affaire révèle une crise de confiance entre les institutions. Elle montre que les gouverneurs peuvent être sanctionnés politiquement pour avoir exprimé des opinions divergentes. Elle met en lumière le déséquilibre des pouvoirs, où le gouvernement central peut imposer ses décisions sans concertation avec les instances provinciales.
Elle interroge aussi sur la fragilité des contre-pouvoirs : où sont les voix de l’Assemblée provinciale ? Où sont les mécanismes de recours ? Si un gouverneur peut être écarté sans débat, qu’en est-il de la démocratie locale ?
Un signal d’alerte
L’affaire Kyabula n’est pas un simple épisode politique. Elle est le symptôme d’un malaise institutionnel plus profond. Elle appelle à une réforme sérieuse de la gouvernance territoriale, à une clarification des rôles et des procédures, et à une protection renforcée de l’expression provinciale.
Si la RDC veut consolider sa démocratie, elle doit garantir que les provinces puissent s’exprimer librement, que les gouverneurs soient protégés contre les abus de pouvoir, et que les lois soient respectées dans leur lettre comme dans leur esprit.
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