
Un acte chargé de signification.
Joseph Kabila Kabange, l’ex-président du Congo, a marqué les esprits par sa présence à Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, le 26 mai 2025. Actuellement, une partie de cette ville est dominée par le groupe rebelle M23/AFC.
Cette visite a lieu dans une situation extrêmement tendue, à peine quelques jours après que le Sénat congolais a retiré son immunité parlementaire, préparant ainsi le terrain pour des poursuites judiciaires liées à la trahison, aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité.
Une arrivée saluée par le M23
Le mouvement rebelle M23, par la voix de son porte-parole Lawrence Kanyuka, a immédiatement salué l’arrivée de l’ex-chef de l’État comme un “retour patriotique”, affirmant que Kabila reste un fils du pays et qu’il est “bienvenu sur le sol congolais libéré par des patriotes”.
Cette déclaration alimente les spéculations sur d’éventuelles connivences ou convergences entre Kabila et le M23, une accusation déjà présente dans le réquisitoire du parquet militaire.
Une visite sous le feu des accusations judiciaires
La levée de l’immunité de Joseph Kabila par la Commission spéciale du Sénat ouvre un dossier judiciaire historique. Il est accusé de :
- Collaboration indirecte avec les rebelles du M23
- Détournement des fonds militaires
- Complicité dans l’abandon de positions stratégiques à l’Est
Les autorités judiciaires affirment détenir des preuves de transferts financiers, de communications cryptées et de témoignages de militaires dissidents.
L’arrivée de Kabila à Goma pourrait être perçue comme une provocation ou une manœuvre politique pour regagner une base populaire dans un territoire abandonné par le pouvoir central.
Réactions politiques : entre silence stratégique et condamnations ouvertes
● Gouvernement central :
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a dénoncé une « démarche déstabilisatrice et provocatrice », en rappelant que le territoire visité est occupé illégalement par des forces rebelles appuyées par le Rwanda.
● UDPS :
Le parti présidentiel a lancé un appel à “la responsabilité et au patriotisme”, demandant à Joseph Kabila de “laisser les Congolais tranquilles” et de ne pas “alimenter la division dans un moment aussi critique”.
● Opposition politique :
Certains opposants, comme Moïse Katumbi et Martin Fayulu, restent prudents mais exigent que Kabila se soumette à la justice congolaise.Analyse : stratégie de communication ou préparation à l’exil ?
Plusieurs analystes politiques voient dans cette visite :
- Un coup de communication pour se repositionner comme “père fondateur” de la paix, voire un médiateur possible entre les FARDC et les rebelles.
- Une tentative de détourner l’attention de la procédure judiciaire lancée contre lui.
- Une préparation à l’exil ou à un exil déguisé, à l’abri des poursuites dans une zone échappant à Kinshasa.
D’autres y voient un acte de résistance symbolique, face à ce que ses partisans décrivent comme une “justice politique téléguidée”.
Un impact diplomatique non négligeable
Cette visite intervient alors que :
- L’Union européenne vient de renouveler ses sanctions contre des généraux rwandais accusés de soutenir le M23.
- Le Conseil de sécurité de l’ONU a exprimé sa “profonde inquiétude” face à la situation à l’Est.
- Les États-Unis appellent à un “dialogue inclusif” pour éviter l’effondrement sécuritaire.
Le geste de Kabila pourrait compliquer davantage les efforts diplomatiques en cours, notamment la médiation du Qatar et des États-Unis dans la crise RDC-Rwanda.
Un bouleversement politique sujet à diverses interprétations
L’arrivée de Joseph Kabila à Goma, malgré les charges sérieuses qui pèsent contre lui, constitue un geste politique à fort enjeu. Il restructure les frontières du pouvoir en RDC, tout en ravivant la question de la responsabilité des anciens présidents dans les tragédies du pays.
Congo Focus persistera à surveiller cette situation, car elle touche non seulement un individu, mais l’essence même de la République, son futur, sa justice et son histoire collective.
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