
Introduction générale au contexte politique congolais
La République démocratique du Congo (RDC), vaste pays d’Afrique centrale, a connu des périodes politiques mouvementées, marquées par des transitions, des conflits armés et des tentatives de stabilisation démocratique. L’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi en 2019 a marqué un tournant symbolique : pour la première fois, un président issu de l’opposition accède au pouvoir par voie électorale, succédant à Joseph Kabila, resté au pouvoir pendant 18 ans.
Cette passation du pouvoir a soulevé une question fondamentale : Tshisekedi est-il en rupture avec la gouvernance kabiliste ou s’inscrit-il dans une certaine continuité ? Pour répondre à cette interrogation, il convient d’analyser de manière comparative les deux mandats sur les plans économique, sécuritaire et institutionnel.
Présentation synthétique des deux présidents
Joseph Kabila : un héritage politique controversé
Fils de Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila accède à la présidence en 2001 après l’assassinat de son père. Il est élu démocratiquement en 2006 puis réélu en 2011 dans un climat contesté. Son règne est marqué par une centralisation du pouvoir, des défis sécuritaires persistants, une économie en dents de scie et des accusations de corruption. Malgré ses efforts pour stabiliser certaines institutions, la fin de son mandat a été entachée par une tentative de prolongation anticonstitutionnelle, retardant les élections de 2016 à 2018.
Félix Tshisekedi : le pari du changement
Fils du célèbre opposant Étienne Tshisekedi, Félix incarne l’alternance démocratique. Son accession au pouvoir a été critiquée par certains comme le fruit d’un « deal » politique avec le camp Kabila. Cependant, au fil des années, Tshisekedi a progressivement affermi son pouvoir, rompant notamment avec la coalition FCC-CACH. Il prône un renouveau démocratique, une lutte active contre la corruption et une amélioration de la situation sécuritaire, particulièrement dans l’Est.
Comparaison économique des deux mandats
Politique macroéconomique : croissance et inflation
Sous Joseph Kabila, la RDC a connu des périodes de croissance, tirées par le boom minier, notamment entre 2010 et 2014. Toutefois, la chute des prix des matières premières en 2015 a plombé l’économie, causant une inflation galopante et une dépréciation du franc congolais.
Félix Tshisekedi a hérité d’une situation économique fragile. Malgré la pandémie de COVID-19, son mandat a vu une stabilisation relative de la monnaie et une reprise de la croissance, notamment grâce à des politiques monétaires plus rigoureuses et une coopération renforcée avec les institutions financières internationales comme le FMI.
📘 Ebook – Diplomatie congolaise
Plongez au cœur des enjeux diplomatiques et stratégiques de la RDC. Découvrez comment la République démocratique du Congo veut devenir un acteur incontournable en Afrique.
📘 Ebook – Les secrets de l’accord RDC–Rwanda
Découvrez une analyse exclusive de l’accord de paix signé entre la RDC et le Rwanda aux États-Unis. Clauses cachées, enjeux géopolitiques et perspectives d’avenir expliqués en détail.
Investissements et partenariats étrangers
Kabila avait une politique tournée vers la Chine, notamment avec les « contrats chinois » d’infrastructure contre minerais. Bien que critiqués pour leur manque de transparence, ces accords ont permis la construction de certaines infrastructures clés.
Tshisekedi, quant à lui, tente de diversifier les partenaires économiques, renforçant les relations avec les États-Unis, l’Union européenne et les institutions internationales. Il met aussi l’accent sur la renégociation de contrats jugés léonins, comme celui du « contrat du siècle » avec les entreprises chinoises.
Infrastructures et diversification économique
L’approche de Kabila était orientée vers les grandes infrastructures (routes, barrages) avec un financement opaque. Tshisekedi mise davantage sur des projets à impact rapide (routes, écoles, hôpitaux) tout en appelant à une diversification économique au-delà du secteur minier, même si les résultats tardent à se faire sentir.
Politique sécuritaire : état des lieux comparé
Conflits dans l’Est du pays : continuité des défis
L’insécurité dans les provinces de l’Est (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu) reste un défi majeur sous les deux présidents. Sous Kabila, plusieurs groupes armés ont prospéré, profitant du vide sécuritaire. La situation ne s’est pas fondamentalement améliorée sous Tshisekedi, bien qu’il ait instauré l’état de siège dans ces provinces pour renforcer la présence militaire.
Réformes de l’armée et coopération internationale
Kabila avait lancé plusieurs tentatives de réforme de l’armée, mais celles-ci se sont révélées limitées et souvent corrompues. Tshisekedi mise davantage sur la coopération militaire internationale, notamment avec les États-Unis et Israël, et tente de moderniser les FARDC. Des efforts sont en cours pour améliorer le commandement et la discipline.
Poids des groupes armés et réponse gouvernementale
Le nombre de groupes armés reste élevé, et certains se sont même renforcés ces dernières années. La réponse de Tshisekedi, bien que plus visible médiatiquement, est encore jugée inefficace par de nombreux observateurs. Toutefois, des efforts de démobilisation sont en cours avec l’aide de partenaires internationaux.
Réformes institutionnelles et gouvernance
Fonctionnement des institutions : rupture ou inertie ?
Sous Kabila, les institutions étaient largement contrôlées par le pouvoir présidentiel. Tshisekedi a progressivement rétabli un équilibre, notamment après la rupture avec la coalition FCC. Il a nommé des magistrats indépendants et tenté de redonner vie au Parlement.
Lutte contre la corruption : perception et résultats
Kabila était souvent accusé de favoriser un système clientéliste. Tshisekedi, en revanche, a placé la lutte contre la corruption au cœur de son mandat, avec des arrestations médiatisées (notamment celle de Vital Kamerhe). Toutefois, certains dénoncent une justice à deux vitesses.
Libertés publiques et démocratie
Sur ce point, le contraste est notable. Le régime Kabila a souvent réprimé les manifestations, censuré les médias et emprisonné les opposants. Tshisekedi a permis un climat plus ouvert, avec une liberté d’expression relativement mieux respectée, bien que certaines dérives persistent.
Perception nationale et internationale des deux mandats
La perception de la gouvernance de Kabila et de Tshisekedi varie considérablement selon les acteurs. Kabila est vu par certains comme un stabilisateur ayant évité l’éclatement du pays après les guerres civiles, mais également comme un autocrate ayant bloqué les avancées démocratiques. Son image internationale s’est dégradée à cause de son entêtement à rester au pouvoir au-delà des délais constitutionnels.
Tshisekedi, de son côté, bénéficie d’un capital sympathie, notamment à l’étranger, pour avoir favorisé l’alternance démocratique. Il est salué pour ses efforts de dialogue international et son implication dans les causes africaines, comme sa présidence de l’Union africaine. Toutefois, les Congolais attendent des résultats concrets sur les plans social, sécuritaire et économique.
Bilan intermédiaire et perspectives pour 2026
À mi-parcours de son deuxième mandat, Félix Tshisekedi se trouve à la croisée des chemins. Il doit démontrer que ses promesses de rupture avec le passé ne sont pas uniquement discursives. Si des avancées existent en matière de transparence, de coopération internationale et d’ouverture démocratique, les défis économiques, sécuritaires et sociaux restent majeurs.
Les élections de 2026 seront décisives pour déterminer si son leadership aura véritablement marqué une nouvelle ère pour la RDC ou s’il n’aura été qu’une phase transitoire du régime précédent.
À lire aussi sur Congo Focus :



