
Dans les rues de Kinshasa, la même phrase revient comme un refrain : « Il n’y a pas d’argent qui circule. » Ce constat traverse les conversations dans les marchés, les taxis collectifs, les salons de coiffure et jusque dans les discussions familiales. Pourtant, Kinshasa reste une métropole animée, où la musique, les embouteillages et les affaires donnent l’impression d’une ville en mouvement permanent. Alors pourquoi ce sentiment persistant que l’économie est à l’arrêt, que les poches sont vides et que la vie quotidienne devient de plus en plus difficile ? Pour comprendre, il faut croiser l’analyse macro-économique avec les témoignages populaires.
La fragilité des finances publiques
L’État congolais tire une grande partie de ses revenus des exportations minières. Le cuivre, le cobalt et désormais le lithium constituent l’ossature des finances publiques. Mais cette dépendance expose le pays aux aléas du marché international. Dès que les cours chutent, les caisses de l’État se vident et les retards de paiement s’accumulent. Les fonctionnaires, payés tardivement, réduisent leurs dépenses, ce qui bloque une grande partie de la consommation intérieure. La corruption et la mauvaise gestion aggravent cette situation, car une partie des recettes est détournée ou mal utilisée, au détriment des services publics et du pouvoir d’achat.
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🎬 Acheter maintenant sur AmazonLe secteur informel, moteur essoufflé
Kinshasa est une ville où l’informel domine. Plus de 80 % des travailleurs exercent dans des activités non enregistrées, allant du petit commerce aux services quotidiens. Ce secteur, bien qu’il donne du travail, reste extrêmement fragile. Les revenus sont faibles, irréguliers, et ne génèrent ni épargne ni investissements durables. Cette prédominance de l’informel crée une économie qui fonctionne au jour le jour. L’argent circule en petites sommes, mais ne reste jamais assez longtemps pour créer une dynamique solide. De plus, le manque d’accès au crédit empêche les petits commerçants de se développer et d’alimenter une véritable croissance locale.
Une monnaie sous pression et une inflation galopante
La dépréciation du franc congolais est une autre explication majeure. Quand la monnaie perd de sa valeur, les prix augmentent mécaniquement. Les importations, qui représentent une large partie de la consommation à Kinshasa, deviennent plus coûteuses. Les familles, dont les revenus stagnent, réduisent leurs achats. Le marché se vide alors de clients solvables. Ce cercle vicieux entretient le sentiment que l’argent ne circule pas. Même lorsque les salaires sont payés, une grande partie part immédiatement dans le remboursement des dettes ou dans l’achat de produits de première nécessité, sans marge pour d’autres dépenses.
Témoignages du quotidien
Dans les marchés populaires, les vendeuses expliquent que les clients viennent, regardent les prix, mais repartent sans acheter. Un chauffeur de taxi raconte que ses courses quotidiennes ont diminué de moitié en quelques années, car beaucoup de passagers préfèrent marcher ou éviter de sortir. Un fonctionnaire décrit comment son salaire, perçu avec deux mois de retard, sert uniquement à rembourser les crédits pris auprès des voisins ou des petits commerçants. Ces voix reflètent la réalité d’une économie de survie, où chaque franc compte et où les marges disparaissent.
Un imaginaire collectif bouleversé
Kinshasa a longtemps été perçue comme une ville d’abondance. Dans les années 1970 et 1980, malgré la dictature et les crises, l’argent circulait grâce aux fêtes, à la musique et à la générosité des élites. Aujourd’hui, cette image d’une capitale flamboyante s’efface. Les Kinois comparent le présent au passé et constatent que « Kinshasa est sèche ». Ce sentiment collectif accentue la perception de crise. Même ceux qui continuent à gagner correctement leur vie limitent leurs dépenses, par peur de lendemains incertains. L’économie souffre alors autant d’un problème psychologique que d’un problème structurel.
Les causes principales
Elles se résument à un enchevêtrement de facteurs qui se renforcent mutuellement :
- une dépendance excessive aux revenus miniers et à la volatilité des marchés mondiaux,
- une prédominance de l’économie informelle, incapable de générer des investissements durables,
- une monnaie instable qui alimente une inflation constante et affaiblit le pouvoir d’achat.
Ces trois causes principales expliquent pourquoi, malgré les richesses potentielles du pays, les Kinois ressentent un assèchement financier au quotidien.
Les pistes de solutions
Sortir de ce cercle vicieux suppose des réformes profondes. La première consiste à diversifier l’économie, afin de réduire la dépendance aux ressources minières. Le développement de l’agriculture urbaine, des PME locales et de l’artisanat pourrait créer une dynamique nouvelle. La deuxième est de moderniser le système fiscal pour accroître les recettes et renforcer la redistribution. La troisième est de stabiliser la monnaie, en renforçant la Banque centrale et en soutenant les circuits bancarisés. Enfin, il est essentiel de mieux valoriser la diaspora, qui envoie chaque année des millions de dollars, souvent mal intégrés dans l’économie formelle.
Ces solutions ne sont pas simples, mais elles sont indispensables si Kinshasa veut retrouver une économie dynamique. Sans elles, la phrase « l’argent ne circule pas » continuera de hanter le quotidien des habitants.
Dire que l’argent ne circule pas à Kinshasa, ce n’est pas seulement une impression populaire. C’est un constat économique nourri par des réalités visibles : finances publiques fragiles, secteur informel étouffant, monnaie dépréciée et consommation en chute libre. Les témoignages des Kinois illustrent une vérité simple : l’argent passe, mais il ne reste jamais. Pourtant, avec ses ressources, son énergie humaine et sa diaspora, la RDC dispose des leviers pour transformer cette situation. Le défi consiste à en faire une priorité politique et économique, afin que Kinshasa redevienne une ville où l’économie bat au rythme de sa vitalité culturelle.








1 réflexion sur “Pourquoi l’argent ne circule pas à Kinshasa ?”
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