
Une levée d’immunité qui suscite des interrogations.
Le 21 mai 2025, le procureur général Firmin Mvonde a représenté la Cour de cassation devant l’Assemblée nationale, réclamant la suppression de l’immunité du ministre de la Justice, Constant Mutamba. Il est officiellement soupçonné de détournement présumé de 39 millions de dollars destinés à l’édification d’une prison à Kisangani.
Toutefois, au-delà de l’aspect légal, une interrogation cruciale émerge : est-ce vraiment une poursuite justifiée ou un acte dicté par des conflits passés et des vengeances personnelles ?
Retour sur un conflit institutionnel oublié
En 2024, une tension visible avait opposé Firmin Mvonde, alors tout puissant Procureur général près la Cour de cassation, à Constant Mutamba, nouvellement nommé ministre de la Justice. Le différend portait notamment sur :
- Le statut et l’indépendance du ministère public : Mutamba proposait des réformes qui auraient limité certains pouvoirs du procureur.
- Des instructions divergentes dans des affaires sensibles (Bukanga-Lonzo, gestion des prisons, interpellations de députés).
- Un clash médiatique où les deux hommes se sont indirectement accusés de « résistances aux réformes ».
Depuis cet épisode, la relation entre les deux figures de la justice congolaise était notoirement froide, voire hostile.
Analyse politique : simple poursuite ou stratégie d’humiliation ?
1. Le timing interroge
Pourquoi cette demande de levée d’immunité survient-elle alors que Mutamba pilotait des réformes sensibles, notamment sur l’autonomie du parquet, les prisons privées, et les biens mal acquis ?
2. Le choix du dossier
L’affaire Zion Construction SARL peut sembler sérieuse, mais son traitement rapide contraste avec d’autres dossiers anciens restés sans suite. Certains y voient une sélectivité suspecte de la justice.
3. Une mise en scène politique ?
Certains analystes pensent que Firmin Mvonde, affaibli par des critiques internes, chercherait à reprendre la main et exposer Mutamba pour affirmer son autorité. Dans un pays où l’équilibre des pouvoirs est fragile, la justice peut parfois devenir un outil de lutte politique.
Ce que disent les camps
- Proche de Mutamba : « Cette affaire est cousue de fil blanc. Le procureur veut laver un affront de l’an dernier. C’est de la politique déguisée en justice. »
- Proche du Parquet : « Le ministre n’est pas au-dessus de la loi. Il faut que tous, même les puissants, rendent compte. »
Scénarios possibles
- L’Assemblée refuse la levée d’immunité : Cela créerait un précédent de défiance envers la justice.
- Levée acceptée, poursuite engagée : Mutamba serait affaibli politiquement, mais pourrait rebondir en victime d’un “complot”.
- Négociation en coulisse : Un compromis politique pourrait enterrer l’affaire, mais ternirait l’image des institutions.
Entre justice et vengeance, la frontière est mince
Cette affaire illustre la complexité du fonctionnement institutionnel en RDC, où les relations entre justice et politique sont souvent ambiguës. L’enjeu n’est pas seulement de savoir si Mutamba est coupable, mais de garantir que la justice reste indépendante, sans être utilisée pour régler des comptes personnels.
Congo Focus continuera de suivre cette affaire avec attention, car elle touche au cœur de l’État de droit, de la séparation des pouvoirs, et de la crédibilité de notre démocratie.
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