
La République démocratique du Congo vient d’annoncer un projet à la fois ambitieux et controversé : l’acquisition d’un satellite national, pour un montant estimé à 400 millions de dollars. Cette initiative, présentée comme une avancée historique dans la souveraineté numérique du pays, suscite pourtant un malaise profond dans l’opinion publique. Dans les rues de Kinshasa, les marchés de Goma ou les quartiers populaires de Mbandaka, une question revient comme un refrain : comment justifier une telle dépense dans un pays où l’argent ne circule plus, où la jeunesse est sans emploi et où les hôpitaux manquent de tout ?
Une vision présidentielle tournée vers l’espace
Le président Félix Tshisekedi veut inscrire son mandat dans la modernité. À travers le Plan national du numérique Horizon 2025, il multiplie les accords dans les domaines des télécommunications, des data centers, de l’intelligence artificielle… et désormais de l’espace. La signature avec Monacosat prévoit que la RDC se dote de son propre satellite, capable de fournir un accès Internet dans les zones rurales, renforcer la cybersécurité, développer la télémédecine et soutenir l’enseignement à distance.
Ce projet, sur le papier, est stratégique. Il vise à donner au pays une autonomie dans les infrastructures de connectivité, à réduire sa dépendance aux puissances étrangères, et à poser les bases d’une économie digitale solide. La banque partenaire aurait déjà mobilisé les 400 millions de dollars nécessaires. Le gouvernement y voit une étape décisive vers la souveraineté technologique.
Rejoignez une audience engagée : jeunes diplômés, entrepreneurs, leaders et diaspora. Diffusion sur TikTok, Facebook, LinkedIn et sur notre site. Formats disponibles : article sponsorisé, bannière publicitaire, vidéo intégrée.
Contactez-nous dès maintenantMais à Kinshasa, la rue parle d’autre chose
Dans les taxis collectifs, les marchés, les files d’attente à la fonction publique, l’actualité spatiale est accueillie avec dérision. Certains rient jaune, d’autres s’indignent. Beaucoup dénoncent un “projet de riches dans un pays de pauvres”. L’argent manque partout. Les salaires sont en retard. Le franc congolais s’effondre. Les billets de banque sont sales, déchirés, appelés “capsulés” tant ils passent de main en main, parfois dans l’ombre, sans même circuler dans le circuit bancaire.
À cela s’ajoutent les jeunes sans avenir, les commerçants qui ferment boutique, les enseignants qui travaillent sans être payés, les enfants qui étudient sans bancs. La crise est profonde. Elle est vécue dans les estomacs, dans les poches, dans les esprits. Alors un satellite ? Pour quoi faire ? Pour qui ? Et surtout : à quel prix ?
Un pouvoir accusé de ne pas écouter le peuple
Ce décalage entre les priorités du sommet de l’État et les urgences du quotidien nourrit la colère populaire. Car ce n’est pas la première fois que le gouvernement lance un projet spectaculaire : la fibre optique avait été annoncée avec la même ferveur, sans résultats visibles. Des millions ont été dépensés dans des infrastructures jamais achevées. Des ministères ont financé des plateformes numériques fantômes. Et pendant ce temps, les services publics s’effondrent.
L’acquisition d’un satellite, dans un tel contexte, apparaît pour beaucoup comme une provocation. Pire encore : comme un symbole du mépris de l’élite envers la population. Pour certains économistes, il aurait été plus stratégique d’utiliser cette somme pour soutenir l’entrepreneuriat local, relancer l’agriculture, ou améliorer les systèmes de santé et d’éducation. D’autres dénoncent une manœuvre de communication à l’approche de futures élections.
Un pays entre deux réalités
La RDC semble marcher sur deux chemins parallèles. D’un côté, une ambition technologique qui veut propulser le pays dans le XXIe siècle, avec des discours modernes, des partenariats internationaux, et une volonté affichée de transformation numérique. De l’autre, une réalité sociale brutale, marquée par la pauvreté, le chômage, l’inflation et l’abandon institutionnel.
Ce dédoublement est dangereux. Il alimente le cynisme. Il pousse certains à croire que tout projet de développement est une arnaque. Il rend presque impossible la mobilisation collective autour d’un destin commun. Car l’image du satellite devient celle d’un État déconnecté. Un État qui regarde les étoiles pendant que ses citoyens creusent la terre à mains nues pour survivre.
Le satellite comme miroir d’un mal plus profond
Cette actualité met en lumière un problème récurrent : l’absence de lisibilité et de cohérence dans les choix publics. Il ne s’agit pas ici de s’opposer au progrès ou de rejeter la science. Mais de se demander si le timing est le bon, si la gouvernance est à la hauteur, et si le peuple est réellement considéré.
Le satellite pourrait être une opportunité. Mais dans l’état actuel des choses, il est perçu comme un nouveau “projet de vitrine”, utile pour les conférences internationales, mais sans impact réel sur la vie des Congolais. Pire encore : il pourrait devenir un fardeau financier, si mal géré, ou un scandale de plus, s’il échoue à livrer ce qu’il promet.
Un besoin criant de priorités claires
Ce que le peuple attend, ce n’est pas un miracle depuis l’espace. Ce sont des décisions concrètes, visibles, efficaces. Ce sont des routes carrossables, des hôpitaux fonctionnels, des écoles équipées, de l’eau potable, de la justice accessible. Ce sont des emplois, des salaires dignes, une stabilité monétaire, une sécurité dans les rues et les campagnes.
Tant que ces attentes ne seront pas prises au sérieux, les plus belles innovations resteront perçues comme des distractions politiques. Et le fossé entre dirigeants et dirigés continuera de s’élargir, avec tous les risques que cela comporte pour la stabilité nationale.
Rejoignez une audience engagée : jeunes diplômés, entrepreneurs, leaders et diaspora. Diffusion sur TikTok, Facebook, LinkedIn et sur notre site. Formats disponibles : article sponsorisé, bannière publicitaire, vidéo intégrée.
Contactez-nous dès maintenantÀ lire aussi sur Congo Focus :
- Constant Mutamba : quand la justice devient une arme politique en RDC
- RDC – États-Unis : Vers un Partenariat Stratégique pour les Minerais Critiques
- Innoss’B brille aux Headies 2025 : Une consécration internationale pour la star congolaise
Rejoignez la communauté Congo Focus
Recevez nos articles exclusifs et restez informé(e) sur les grandes actualités internationales.




1 réflexion sur “RDC : 400 millions pour un satellite, une population toujours en apesanteur”
Les commentaires sont fermés.