
Un tournant historique dans la vie politique congolaise
La République démocratique du Congo est une fois de plus plongée dans une tempête politique et judiciaire sans précédent. Ce 15 avril 2025, la justice militaire a été formellement saisie pour engager des poursuites contre l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, accusé de haute trahison. Cette décision, portée à la connaissance du public par des sources proches du ministère de la Justice et relayée par plusieurs médias nationaux, suscite une onde de choc à travers le pays.
C’est la première fois depuis l’indépendance qu’un ancien président congolais en exercice est directement visé par une action judiciaire aussi grave, ouvrant la voie à une relecture complète des rapports entre institutions, justice et politique dans la RDC contemporaine.
Les faits reprochés : ce que dit le dossier
Le chef d’accusation central évoqué dans la saisine du parquet militaire est celui de haute trahison, un crime politique majeur qui concerne généralement la compromission volontaire des intérêts de l’État.
Parmi les éléments mis en avant :
- Des connivences présumées avec des groupes armés, notamment l’Alliance Fleuve Congo (AFC), mouvement rebelle actif dans l’Est du pays, soupçonné d’être soutenu par d’anciens réseaux liés au régime Kabila.
- La présumée instrumentalisation de réseaux économiques et militaires privés pour déstabiliser le pouvoir actuel.
- Des contacts non autorisés avec des puissances étrangères, en marge des institutions, sur des sujets sensibles comme les ressources minières, la défense et les frontières.
Cette accumulation d’éléments aurait, selon les autorités, justifié la qualification de haute trahison.
Une procédure juridiquement complexe
L’ouverture de poursuites contre un ancien président pose des défis juridiques majeurs. En RDC, la Constitution prévoit que les anciens présidents bénéficient d’une immunité à vie pour les actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions.
Cependant, la majorité présidentielle et certains juristes affirment que cette immunité ne couvre pas les actes de trahison, ni ceux perpétrés après la fin du mandat présidentiel, ce qui semble être le cœur de l’argumentaire du ministère public.
La Haute Cour militaire et la Cour constitutionnelle pourraient être saisies pour trancher la légitimité de la procédure, alors que plusieurs ténors du FCC (Front Commun pour le Congo) dénoncent une tentative de « neutralisation politique ».
Conséquences politiques et clivages nationaux
La nouvelle a immédiatement déclenché une série de réactions dans les sphères politiques congolaises :
- Le camp Tshisekedi affirme que cette procédure est une question de justice et de vérité, sans arrière-pensée politique.
- Les partisans de Joseph Kabila, eux, parlent d’un règlement de comptes, dénonçant un « harcèlement institutionnel ».
- L’opposition, partagée, demande la transparence de l’enquête et réclame un traitement équitable, quelle que soit l’identité de la personne visée.
Dans ce contexte, les réseaux sociaux congolais s’enflamment. Le sujet fait la une des médias, tandis que les tensions entre kabilistes et tshisekedistes reprennent de plus belle, sur fond de relance de l’union nationale souhaitée par Félix Tshisekedi.
L’impact international : entre soutien et prudence
À l’étranger, cette affaire est suivie de très près :
- L’Union européenne, via une déclaration de son représentant à Kinshasa, a appelé à « respecter scrupuleusement la procédure légale ».
- L’ONU, engagée dans le processus de stabilisation en RDC, demande à ce que la justice ne soit pas instrumentalisée.
- En Afrique centrale, plusieurs anciens chefs d’État redoutent un précédent qui pourrait fragiliser les équilibres politiques dans leurs propres pays.
Retour sur le rôle de Kabila après sa présidence
Joseph Kabila a quitté officiellement le pouvoir en 2019, après 18 années à la tête du pays. Mais il est resté une figure influente, notamment à travers le FCC, une plateforme politique regroupant plusieurs anciens cadres du régime. En dépit de son retrait apparent, de nombreuses enquêtes journalistiques et sécuritaires ont souligné que des pans entiers de l’administration et de l’armée restaient fidèles à ses directives informelles.
Son retour politique évoqué récemment, notamment lors de sa dernière apparition à Kalemie, pourrait expliquer cette accélération judiciaire. D’aucuns y voient une tentative de freiner un come-back stratégique dans le contexte du futur remaniement gouvernemental.
Réactions de la société civile
Les organisations de la société civile sont elles aussi divisées :
- Certaines saluent une démarche courageuse de vérité et de justice.
- D’autres dénoncent une « justice à deux vitesses », rappelant que de nombreux dignitaires actuels, encore au pouvoir, sont également soupçonnés de malversations sans jamais être inquiétés.
L’ASADHO, l’ACAJ et d’autres ONG réclament la mise en place d’une commission d’enquête indépendante, pour établir les faits et apaiser les tensions.
Quel avenir pour la procédure ?
Plusieurs scénarios sont possibles :
- L’instruction judiciaire se poursuit, et une mise en accusation formelle est lancée, avec convocation ou mandat.
- Un recours constitutionnel bloque l’affaire, en invoquant l’immunité présidentielle à vie.
- Un accord politique ou une médiation régionale intervient, comme cela fut le cas dans d’autres crises politiques congolaises.
Dans tous les cas, cette affaire est loin d’être terminée et pourrait profondément reconfigurer le paysage politique à l’horizon des élections 2028.
La possible poursuite de Joseph Kabila pour haute trahison ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire mouvementée de la RDC. Entre volonté de rendre des comptes et soupçons de règlements politiques, cette affaire s’annonce comme l’une des plus sensibles de la décennie.
Le peuple congolais, lassé par les promesses non tenues et les tensions permanentes, attend désormais des réponses claires et une justice équitable pour tous, quel que soit le statut.
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