
La République démocratique du Congo traverse une nouvelle phase d’incertitude. Alors que des négociations conduites à Washington et Doha avaient permis d’arracher un cessez-le-feu entre les forces armées congolaises et les rebelles du M23/AFC, l’accord montre déjà ses limites. Sur le terrain, les combats se poursuivent, les arrestations se multiplient et la méfiance reste entière entre les différentes parties. Une situation qui fait craindre un retour à une guerre ouverte, malgré les efforts diplomatiques déployés depuis plusieurs semaines.
Un accord né de fortes pressions internationales
Les discussions de Washington et Doha avaient été présentées comme une lueur d’espoir pour l’Est de la RDC. Sous l’égide des États-Unis et du Qatar, avec l’appui des Nations unies et de l’Union africaine, un cessez-le-feu avait été obtenu début septembre 2025.
Ce compromis prévoyait notamment :
- l’arrêt immédiat des hostilités,
- le retrait progressif des combattants du M23/AFC de certaines zones,
- et la mise en place de mécanismes conjoints de suivi pour garantir le respect des engagements.
Pour Kinshasa, cet accord représentait une victoire diplomatique, car il montrait que la communauté internationale restait mobilisée face à la crise congolaise. Mais la réalité du terrain est venue très vite contredire l’optimisme des négociateurs.

Le non-respect des engagements
À peine signé, l’accord a été confronté à une série de violations. Les rebelles du M23/AFC, présents dans plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, n’ont pas respecté les retraits annoncés.
De son côté, le gouvernement congolais est accusé par les insurgés de ne pas avoir respecté certains points, notamment en ce qui concerne la libération de prisonniers. Les deux camps se rejettent donc la responsabilité du blocage, chacun accusant l’autre de torpiller le processus.
Le résultat est sans appel : les combats continuent et les populations civiles restent les premières victimes.
Les affrontements se poursuivent dans l’Est
À Goma, capitale du Nord-Kivu, la situation demeure tendue. Le 25 septembre, des opérations de bouclage menées par les rebelles dans les quartiers de Kasika et Mabanga Sud ont provoqué plusieurs arrestations, notamment de jeunes et de responsables religieux.
Dans les territoires ruraux, des accrochages entre les FARDC (Forces armées congolaises) et les rebelles sont signalés, malgré l’annonce du cessez-le-feu. Des témoignages font état de bombardements sporadiques et de déplacements massifs de populations.
Cette contradiction flagrante entre les engagements diplomatiques et la réalité du terrain alimente la défiance des Congolais vis-à-vis des négociations menées à l’étranger.
Une méfiance persistante entre Kinshasa et Kigali
Derrière ce cessez-le-feu fragile, il y a un conflit régional profond. Kinshasa accuse depuis longtemps le Rwanda de soutenir activement le M23, accusation que Kigali rejette. Les négociations de Washington et Doha avaient permis d’obtenir une photo d’unité, mais la confiance reste inexistante entre les deux capitales.
La mise en place du Mécanisme conjoint de coordination sécuritaire (JSCM), censé rapprocher les deux pays, est freinée par ces suspicions mutuelles. Sans confiance, aucun accord ne peut réellement prospérer.
Les acteurs internationaux sous pression
Pour les États-Unis et le Qatar, parrains du cessez-le-feu, ce blocage est un revers diplomatique. Washington avait investi des efforts considérables pour relancer un dialogue direct entre Kigali et Kinshasa, espérant calmer les tensions dans une région stratégique pour la stabilité de l’Afrique.
L’ONU, de son côté, suit la situation avec inquiétude. La mission onusienne en RDC (MONUSCO), déjà critiquée pour son inefficacité, se retrouve marginalisée dans le processus. Beaucoup de Congolais voient dans ces négociations une manière pour les grandes puissances de préserver leurs intérêts géopolitiques plutôt qu’une réelle volonté de mettre fin aux souffrances de la population.
La population civile, grande perdante
Pendant que les élites politiques négocient, les populations civiles continuent de payer le prix fort.
- Les déplacés internes se comptent par centaines de milliers.
- Les violences sexuelles, déjà utilisées comme arme de guerre, repartent à la hausse.
- Les ONG alertent sur un désastre humanitaire, alors que des camps de fortune débordent autour de Goma et Bukavu.
Beaucoup de Congolais expriment un sentiment d’abandon. « On parle de nous à Washington et Doha, mais ici, les balles continuent de siffler », témoigne un habitant de Rutshuru.
Perspectives : vers une nouvelle impasse ?
L’avenir du cessez-le-feu dépendra de plusieurs facteurs :
- la capacité des parrains internationaux à exercer de véritables pressions sur les belligérants,
- la volonté politique de Kinshasa et Kigali de restaurer un minimum de confiance,
- et la mise en place d’un suivi crédible des engagements pris.
Mais pour l’instant, tout indique que le processus est au bord de l’échec. Un retour à une guerre ouverte n’est pas à exclure, avec des conséquences dramatiques pour la région.
Le cessez-le-feu négocié à Washington et Doha devait offrir un répit aux populations de l’Est de la RDC. Mais la réalité des combats, la persistance de la méfiance et le non-respect des engagements ont très vite fragilisé l’accord.
Cette situation illustre une fois de plus la difficulté de régler la crise congolaise par des solutions diplomatiques extérieures, tant que les causes profondes rivalités régionales, exploitation des ressources, absence de confiance ne sont pas réellement adressées.
Pour les Congolais, l’urgence n’est pas dans les discours de Doha ou de Washington, mais dans la fin des violences et la possibilité de vivre enfin en paix.



