
En République démocratique du Congo, la politique n’est jamais un long fleuve tranquille. À peine élu président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe se retrouve au cœur d’un climat politique tendu, marqué par des rivalités internes, des ambitions présidentielles cachées, et une pétition parlementaire qui commence à faire du bruit.
Une montée en puissance qui dérange
Figure emblématique de la scène politique congolaise depuis deux décennies, Vital Kamerhe a opéré un retour remarqué au cœur de l’appareil institutionnel. Après avoir été directeur de cabinet de Félix Tshisekedi, avant d’être arrêté puis acquitté dans une affaire de détournement, il est revenu avec une image renouvelée. En 2024, il accède à la présidence de l’Assemblée nationale, devenant ainsi le numéro deux du pays sur le plan institutionnel.
Mais cette ascension rapide n’est pas du goût de tout le monde. Plusieurs voix, au sein même de la majorité présidentielle, expriment leurs réticences face à son style de gouvernance, jugé centralisateur, autoritaire et stratégiquement personnel.

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Des tensions au sein de l’Union sacrée
La coalition majoritaire, baptisée Union sacrée de la nation, rassemble des sensibilités diverses, souvent antagonistes. L’UDPS, parti présidentiel, se sent aujourd’hui marginalisé au sein du Bureau de l’Assemblée. Beaucoup de ses cadres dénoncent une gestion déséquilibrée de la machine parlementaire, estimant que Kamerhe agit en homme fort, et non en arbitre collectif.
En privé, certains stratèges de l’UDPS n’hésitent plus à évoquer le mot « défiance ». Des groupes de députés, frustrés, évoquent la préparation d’une motion de censure déguisée pour affaiblir son autorité ou remettre en cause son leadership.
Une pétition comme signal d’alerte
Ces derniers jours, une pétition a commencé à circuler dans l’hémicycle. Officiellement, elle vise à interpeller le président de l’Assemblée sur des problèmes de fonctionnement : manque de transparence, absence de concertation, gestion des ressources et nomination des commissions.
Mais politiquement, cette pétition est une alerte claire : une partie des élus, notamment de l’UDPS, ne veut plus suivre Kamerhe les yeux fermés. En coulisse, certains espèrent même provoquer une crise institutionnelle contrôlée, qui permettrait de recentrer le pouvoir autour de la Présidence et du parti présidentiel.
Kamerhe-Tshisekedi : l’alliance fissurée ?
Si Kamerhe a toujours affirmé sa loyauté envers Félix Tshisekedi, plusieurs épisodes laissent penser que leur relation est désormais basée sur une cohabitation froide, et non sur une confiance absolue.
- Le Président ne s’est pas opposé à la justice lors des poursuites contre Kamerhe en 2020.
- Lors des législatives, l’UDPS a peu soutenu les candidats de l’UNC, son parti.
- L’élection de Kamerhe à la tête de l’Assemblée s’est faite avec un soutien mitigé.
Tout cela alimente l’idée que Kamerhe prépare son propre avenir politique, avec 2028 en ligne de mire. Une candidature présidentielle de sa part n’est plus une hypothèse farfelue. Elle est de plus en plus évoquée dans les salons politiques de Kinshasa.
Qui veut vraiment sa tête ?
Acteurs politiques | Raisons de la méfiance envers Kamerhe |
UDPS (frange radicale) | Rivalité de pouvoir, marginalisation interne |
Proches de Tshisekedi | Crainte de la montée en puissance personnelle |
Membres de l’opposition | Kamerhe reste un ancien du système Kabila |
Jeunes députés frustrés | Manque d’inclusivité et de concertation |
Les risques d’une crise ouverte
Si la pétition actuelle ne mène pas à une procédure formelle, elle risque néanmoins de fragiliser durablement le climat parlementaire. Toute initiative portée par Kamerhe pourrait se heurter à des blocages internes, même dans son propre camp. Cela affaiblirait la production législative, ralentirait les réformes, et offrirait un terrain de critique idéal pour l’opposition.
Mais plus encore, cela montrerait aux yeux du public que l’Union sacrée est minée par des guerres de leadership, ce qui pourrait avoir un impact politique majeur à l’approche des échéances de 2026 (locales et provinciales).
Kamerhe joue-t-il une carte risquée ?
Certains observateurs estiment que le président de l’Assemblée joue à un jeu dangereux : accumuler les leviers de pouvoir institutionnels pour se repositionner comme une alternative nationale. Cette stratégie pourrait réussir, à condition qu’il garde la maîtrise du rapport de force au Parlement… ce qui semble de plus en plus incertain.
D’autres, en revanche, voient en lui un homme d’État expérimenté, capable de résister aux pressions, de faire preuve d’intelligence politique, et de transformer cette crise en opportunité.
La balle est désormais dans son camp.




